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Le plus ancien livre possédé par la Bibliothèque : Das Bergbüchlein...
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Ain Wolgeordnetz... : un petit livre bien ordonné et utile...
Tel est d'après sa page de titre le plus ancien ouvrage possédé par la Bibliothèque de l'Ecole des Mines. Sobrement, et dirions-nous, un peu tristement, protégé par une reliure en chagrin marron du siècle précédent, il s'agit bien d'un petit livre discret, de format in 4°, comportant une page de titre, 16 feuillets et une page terminale avec un bois gravé.
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Ecrit en vieil allemand, imprimé en caractères réguliers gothiques, ses paragraphes indiqués la plupart du temps par des mouches et non par une mise à la ligne, il enseigne : "comment il faut chercher et trouver des mines de divers métaux qu'engendrent les sept planètes et sur lesquelles elles agissent chacune selon sa nature et son influence, d'après l'émanation dirigée contre le levant et le couchant, midi et minuit. Aussi comment la facilité à découvrir le filon dans les mines est fonction de la situation des montagnes, ainsi que cela est expressément montré avec figures et texte... "
Sous le texte, une belle gravure sur bois, coloriée en teintes primaires représente une entrée de mine et des mineurs se livrant à diverses activités : extraction et boisage.
Au recto du folio 17 se trouve le colophon : il nous apprend qu' « Erhard Ratdolt a imprimé ce petit livre à Augsbourg. Compte après la naissance du Christ, 1505, le sixième de Mai ».
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Nous sommes, de fait, en présence du tout premier livre imprimé sur l'art des mines et très vraisemblablement de sa première édition. La fraîcheur du papier , de l'encre et des gravures est intacte, la mise en page maîtrisée et soignée. Il est connu sous le nom de Das Bergbuchlein.. Il fut acheté à Strasbourg par Auguste Daubrée et fait partie du legs que fit ce grand scientifique, bibliophile curieux et averti, de sa belle collection d'ouvrages anciens sur l'art des mines et la métallurgie à la Bibliothèque de son Ecole. L'ouvrage est rédigé sous la forme pédagogique du dialogue entre un maître, Daniel « le connaisseur de mines » et son apprenti. Cette introduction à la géologie minière s'adresse donc au débutant . Elle professe les théories alchimistes sur la génération des métaux, définit les termes techniques, indique les connaissances pratiques utiles, notamment les associations gangue-métal, et décrit les répartitions financières des parts de mines.
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| Trois centres d'intèrêt se dégagent de l'étude de ce petit opuscule : son auteur, ses éditions successives et sa place dans l'histoire de la science minière. |
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L'auteur
En ce qui concerne l'auteur, l'interprétation usuelle, reprise par A. Daubrée dans une annotation manuscrite sur son exemplaire, est de l'attribuer à Calbe de Freyberg, autrement dit Ulrich Rulein von Kalbe, personnage connu, qui fut bourgmestre de Freyberg, physicien, mathématicien et maître de mine. Il mourut à Leipzig en 1523.
Cette attribution repose sur un commentaire d'Agricola dans le De Re Metallica « Deux ouvrages ont été écrits dans notre langue [l'allemand]. L'un, sur les minerais métalliques et l'essai des métaux, quelque peu confus est d'un auteur inconnu [Il s'agit du Probierbuchlein]; l'autre sur les veines est attribué à Pandolfe l'Anglais , bien que l'ouvrage allemand soit dû à Calbus de Freyberg, illustre docteur » .
Cette paternité a parfois été contestée, essentiellement à cause de la médiocrité de la description de la boussole de mine à la fin du chapitre 3. L'hypothèse de l'insertion d'un texte d'un autre auteur n'est pas exclue.
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Les éditions
L'ouvrage semble avoir connu bien du succès et fut souvent réédité. D'après A. G. Sisco et C. S. Smith, on en connaît huit éditions, sans compter la nôtre, qu'ils n'avaient pas repérées. Dans l'ordre chronologique, ce sont :
- une édition non datée, possédée par la Bibliothèque Nationale de France et par la Bibliothèque d'Augsbourg.
Elle fut considérée comme un incunable par la Bibliothèque Nationale, à cause de l'aspect archaïque de sa présentation et de ses gravures. D'après le Gesamtkatalog der Wiegendrucke elle se situerait entre les années 1505 et 1510 et pourrait être attribuée à Martin Landsberg à Leipzig. Il s'agirait alors d'une reproduction rapide, par un éditeur plus modeste qu'Erhard Ratdolt, d'une plaquette d'usage courant.
Le texte est le même que celui de notre édition et s'arrête donc au projet du maître d'expliquer les procédés de fusion. Il ne comporte ni les indications de couleurs à mettre sur les gravures ni le répertoire technique des éditions postérieures ; de plus la première gravure est fort différente et, de manière générale, l'iconographie est plus simple.
L'hypothèse d'une date plus ancienne n'est cependant pas totalement à exclure ; W. Pieper affirme que si les bois de cette édition sont moins beaux, ils sont plus corrects, notamment les indications d'orientation, et émet l'hypothèse que cette édition serait bien la première, Ratdolt ayant fait refaire les planches par un meilleur artiste...non mineur.
Donc, suivant le choix fait parmi ces hypothèses, la bibliothèque de l'Ecole des Mines possède ou ne possède pas la première édition du Bergbüchlein...
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Les autres éditions recensées sont :
- une édition de 1518, faite à Wörms par P. Schöfern.
- une édition de 1527, faite à Erfurt par J. Loersfelt.
- une autre édition non datée, postérieure à la précédente, par J. Haselberger
- une édition de 1533, faite à Francfort sur Main par C. Egenolph.
- une édition de 1534, faite à Augsbourg par H. Steyner.
- une édition de 1535, faite à Francfort sur Main par C. Egenolph. - une édition de 1539, faite à Augsbourg par H. Steyner. C'est sur cette édition étudiée par son ami H. van Dechen et publiée par lui que Daubrée a fait sa traduction ... et non sur celle de 1505 lui appartenant.
Aucune de ces éditions ne présente les mêmes gravures.
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Pour revenir sur notre édition de 1505, H. von Dechen déclare dans son article ne pas en avoir localisé d'autres exemplaires. D'après M.-P. Guelpa, elle serait clairement mentionnée dans un ouvrage de bibliographie du 18ème siècle, et depuis, personne ne semblait l'avoir vue.
En 1976, un libraire spécialisé en fonds ancien, Théodor Ackermann, a pris contact avec la bibliothèque de l'Ecole. Il avait entre les mains un deuxième exemplaire de notre édition, strictement comparable : cet exemplaire possède notamment le bois ornemental qui termine l'ouvrage, mais aussi une page blanche à l'emplacement du feuillet 4 du cahier « a » recto. Cet exemplaire était lui aussi colorié. Les couleurs employées sont d'ailleurs celles conseillées à l'explicit de l'édition de 1518 : « si quelqu'un, pour faire ressortir plus nettement les montagnes, désire avoir les gravures peintes ou coloriées : jaune pour les veines, couleur de fumée pour la brume et les émanations, bleu pour l'eau. » |
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La science minière
Dans l'histoire des sciences minières et pour les bibliophiles, notre « petit livre bien ordonné » occupe la place très émouvante reservée à tous les premiers livres publiés dans un domaine ou dans une science.
Il est encore tout englué dans les conceptions cohérentes, mais non scientifiques, du Moyen Age. Il n'envisage de savoir théorique qu' alchimiste. D'après le texte, la formation des minerais repose sur les éléments suivants :
« Il est à remarquer que pour la croissance ou génération d'un minerai métallique, il faut un géniteur et une chose soumise ou matière qui soit capable de percevoir l'action génératrice. Le géniteur général de toute chose, du minerai et de toutes choses qui naissent est le ciel...L'influence du ciel se multiplie par le cours du firmament et la rotation des sept planètes. C'est pourquoi chaque minerai métallique reçoit une influence toute particulière de sa propre planète. et d'après sa conformité en chaleur, froid, humeur et aridité. Ainsi l'or s'est fait par le Soleil, l'argent par la Lune, l'étain par Jupiter, le cuivre par Vénus, le fer par Mars, le plomb par Saturne, le vif-argent par Mercure... Mais la chose soumise ou la matière générale de tous les métaux, est selon l'opinion des sages, un soufre et un mercure, qui par le cours et l'influence du ciel, doivent être purifiés et consolidés en un corps métallique ou en un minerai. Aussi quelques-uns sont d'avis que, par le cours et sous l'influence du ciel, par ce soufre et ce mercure, des vapeurs ou exhalaisons dites exhalaisons minérales sont attirées des profondeurs de la terre et en émanent dans les filons ou les fentes, où elles sont transformées en minerai.... Quoique les influences du ciel et la propriété des matières concernent la génération de chaque minerai ou métal, cependant elles ne suffisent pas pour que la naissance des minerais puisse se faire commodément. Mais il faut une qualité propre d'un vase naturel comme les filons, dans lequel le minerai soit engendré. »
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Le texte est écrit en langue vulgaire, à destination des praticiens. A part les idées alchimistes, il repose sur des connaissances certaines des terrains et des coutumes : tant les associations de minerais que les délicats problèmes de répartition des parts minières.
Et cependant, cet ouvrage, par la nature du sujet abordé, très technique, l'utilisation de l'écrit pour la transmission du savoir, sa présentation stricte et systématique, ainsi que certains aspect des gravures, annonce déjà le livre humaniste technique.
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Bien naturellement, la comparaison qui s'impose est avec le De Re Métallica d'Agricola de 1556, son successeur direct...de même origine géographique et est également rédigé par un médecin.
Mieux organisé, mieux élaboré, s'attachant à la compréhension rationnelle des phénomènes et méprisant les alchimistes, l' Agricola atteste du changement, en cinquante ans, du type de regard porté sur le monde ; mais ce changement, de fait, prend effet plus tôt, puisque la rédaction de cette somme aurait débutée vers 1529, et qu'en 1530, parait le Georgii Agricolae Medici Bermannus, sive de re metallica, ouvrage de 130 p. lui aussi un dialogue, mais entre savants ; et qu'en 1546 De ortu et causis subterraneorum qui traite en particulier de la formation des montagnes et des minerais métalliques du même auteur, précède également son ouvrage le plus célèbre.
La réflexion humaniste moderne sur l'art des mines recouvre en fait chronologiquement la plupart des éditions du « bergbuchlein » et mettra longtemps à pénétrer dans un milieu plus populaire, néanmoins suffisamment éduqué pour accéder à l'écrit.
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| Le Bergbüchlein, situé donc à la frontière de deux mondes, est un livre important pour l'histoire des mines métalliques. Il illustre aussi remarquablement, à cause du peu d'exemplaires conservés malgré un succès que prouve la liste des éditions, le principe suivant, bien connu des bibliophiles : de petits ouvrages modestes, et qui ne sont pas destinés aux savants, disparaissent plus vite du patrimoine que de belles éditions figurant dans les grandes bibliothèques. |
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